Retour Articles Un ange (2003)  

"La montagne" février 2003

"Cinéma Vidéo Nantais" juin 2003

L'action se passe dans un petit village. Avant l'aube, alors que l'apprenti boulanger prend son service, il est le seul témoin d'une agression qui tourne mal. La victime est une vieille dame, une cliente qu'il connaît bien. Il n'intervient pas et garde le silence, mais une forte suspicion le hante toute la journée. Justement , il devait consacrer cette journée aux préparatifs d'une petite fête qu'il organisait avec son ami Matthieu pour le départ à Paris de Cathy. Petite fête à trois : 2 garçons et une fille, inséparables amis d'enfance dont l'amitié a évolué en jeux amoureux. Un couple à trois où la préférence de Cathy balance de l'un à l'autre, sous le regard à demi résigné de celui qui est rejeté, sans que cela semble entacher les liens qui lient les deux garçons. Chacun attend son tour, chacun pousse ses pions pour gagner le cœur de Cathy. Un jeu étrange, simple et ambigu.
Matthieu à l'avantage, qu'il pense même transformer en succès avec ce dernier coup, comme au billard : il peut accompagner Cathy à Paris, il vient de gagner au Black Jack. Mais un coup de trop transforment les soupçons du jeune boulanger en certitudes, et fait, qu'à cet instant, quoique chacun fasse, le trio volera en éclat. Rien ne pourra être comme avant.
Pour ceux qui ne l'on pas encore vu, je ne veux pas dévoiler la suite du film.

Pour moi, l'étude des caractères des trois personnages est plus importante que le suspens. A ce stade du récit, l'histoire pouvait évoluer de différentes façons. Renaud en a choisi une, celle bien sûr que l'on n'imaginait pas, mais qui, à la réflexion, est la seule qui soit complètement aboutie.
Le travail du casting est un point sur lequel Renaud est très exigeant. Les acteurs ont peu de texte à dire, le minimum indispensable pour expliquer ce qui s'est passé hors champ. Tout passe par le jeu des acteurs et c'est remarquablement réussi. Le visage du jeune boulanger exprime ses états d'âme successifs et le conflit qu'ils provoquent. Cathy a un rôle complexe car fluctuant, dans un registre qui va de la joie au désespoir. C'est avec tout son corps de danseuse qu'elle joue et qu'elle s'exprime, fluide, sans excès, parfaitement juste. Matthieu a peut-être un rôle moins difficile, mais comme tout ce qui est bien fait, cela semble facile.

Les seconds rôles prennent peu de place dans ce film. Seul, le personnage de Camille est moins clair : une courte présence mais un geste très fort.
Un autre point remarquable est le soin que Renaud porte à ses décors et à ses cadrages. Pourtant, certains spectateurs ont eu du mal à lire le plan " jeu de miroir " où les jeunes dansent dans l'appartement. D'autres ont trouvé qu'il était trop insistant d'utiliser plusieurs fois, en fond de décors, des affiches de cinéma en rapport avec la situation. Le cadrage les rendait en effet très présentes. C'est le choix de l'auteur. Il est évident que pour chaque plan, la composition de l'image est très étudiée, rien ne semble laissé au hasard. J'ai beaucoup aimé le plan zigzagant au rythme de l'ouverture des fenêtres d'un étage à l'autre.

L'illustration musicale est bien choisie. Le choix de reprendre la musique de danse latino sur le générique de fin est judicieux, cela crée une rupture et sort le spectateur d'une impression angoissante.

Renaud est fidèle à ses propos. Avec son film " Un Ange ", il nous a offert un bien bon moment de cinéma.

Sylvie Olivés

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